Décrit comme obstiné, fougueux et tempétueux, la réputation de Mario Balotelli l’a précédé. Y a-t-il une part de vérité dans cette description, ou était-ce simplement plus simple de le décrire comme tel ? David Clayton a eu une conversation avec le joueur à Carrington pendant presque une heure – il a ensuite déclaré que c’était l’une de ses interviews préférées... Un beau compliment, de la part d’un homme qui, habituellement, fait tout pour éviter l’exercice !
Mario est arrivé dans sa Maserati Gran Turismo blanche, s’est garé devant l’entrée du centre d’entraînement et a flâné dans le hall d’entrée.
« Ciao », lui ai-je adressé alors qu’il entrait. « Je vais attendre ici, on pourra faire l’interview quand tu auras fini l’entraînement. Ça te convient ? »
Il acquiesce. « Bien sûr. »

Et il s’en va. J’ai eu deux heures pour décider de quoi j’allais lui parler donc je suis allé faire un tour sur internet, aux endroits habituels, pour aller chercher ce qui pourrait convenir. Le site web de Mario, quelques vidéos sur YouTube et différents articles dans la presse.
Mario ne donne pas d’interviews habituellement. Après avoir consulté celles qu’il a faites pendant une heure, on n’est pas surpris.
« Le monde troublé de Mario », « Je ne suis pas un Bad Boy », etc. J’en ai eu marre de lire ce genre de titres. Il semblerait que les gens veuillent toujours révéler le mystère derrière l’énigme Balotelli. Des choses profondes, pleines de sens, pour révéler le « vrai » Mario.
Bien sûr, ce genre de choses peut être intéressant et a sa place, mais il semblerait que personne ne veuille lui parler d’autre chose que de ses frasques avec José Mourinho ou de ses occasionnelles turbulences sur le terrain.
Qu’est-ce que ça peut faire s’il a une haute opinion de lui-même ? S’il est différent, et qu’il ne veuille pas être décrit comme un footballeur lambda ?
Il aime tracer sa route. C’est un individu et on devrait l’applaudir, pour nager ainsi à contre-courant. Pas le vilipender à chaque occasion. Peut-être qu’il attire les gros titres de temps à autre, mais il est bon de rappeler qu’il n’a que 20 ans et qu’il fait les mêmes erreurs que chacun derait à son âge. Et qu’il est loin de ses amis et de sa famille pour la première fois, aussi.
Il est loin de chez lui, dans une culture différente, une langue différente et une nouvelle maison, avant même de mentionner son nouveau club et un nouveau style de jeu auquel s’adapter. Une nouvelle image émerge, pas celle d’un talent précoce mais gâché, mais celle d’un jeune gars qui trouve sa voie, en-dehors de son Italie natale.
C’est bientôt l’heure de l’interview. Je jette les notes que j’ai prises à la poubelle et j’écris quelques questions au hasard. Je veux que ce moment soit différent pour Mario, ainsi que pour les lecteurs.
Pourquoi refaire ce qui a déjà été fait ? Il y a un million de choses que l’on peut se dire, en-dehors des poncifs. Si quelqu’un veut en savoir plus sur son enfance, c’est déjà disponible sur internet.
Pile à l’heure, Mario revient, sort et jette un sac dans sa voiture. Il se retourne, entre et vient s’effondrer dans le canapé à côté de moi. Nous n’avons pas défini de limite de temps et j’ai toute son attention.
En toute honnêteté, j’ai marqué contre mon camp d’entrée de jeu. « Qu’est-ce qui te fait rire ? » Christina, sa sœur et son conseil est arrivée et est assise non loin.
« Pourquoi vous posez tous la même question ? » demande-t-il en haussant les épaules. « Pourquoi on me demande toujours pourquoi je ne souris pas ? »
« Ce n’est pas ça que je voulais dire », me défendai-je. « Je demande aux gens ce qui les rend heureux. »
Mais je peux voir qu’il va répondre exactement la même chose qu’il a répondu à des millions d’autres interviews. Le problème, c’est que je voulais lui demander ce qui le rend heureux en-dehors du football. Alors, pourquoi je ne lui ai pas demandé ça ? Bref. Comme j’ai dit, but contre mon camp. J’aurais pu laisser tomber, mais j’avais du temps pour retourner la situation à mon avantage.
« J’aurais peut-être dû te demander ce que vous aimiez en-dehors du foot ? Tes intérêts, tes passions – ce genre de choses. Tu aimes la X-Box ? »
Bingo. Ses yeux s’illuminent.
« Ouais ». Il sourit.
« Tu es bon ? »
« Meilleur que toi ! »
Je lui explique que je pourrais lui donner du fil à retordre, même si en réalité j’ai du mal contre mon fils de neuf ans.
« Je joue à Pro Evolution Soccer. C’est mon jeu, je ne joue pas à FIFA 11 parce que j’ai toujours joué à PES quand j’étais gosse », ajoute-t-il.
Est-ce qu’il se joue – et est-ce que le Mario de PES est meilleur que le vrai ? »
« Je ne sais pas. Je joue le Real – ou le Barça, de temps en temps. Parfois, je joue pour de l’argent – je sais, je ne devrais pas, mais j’aime bien parier £10 contre mon adversaire pour pimenter les choses.
« J’ai Call of Duty, aussi, mais j’y joue moins souvent. J’aime moins. Je joue aussi à Rainbow Six Vegas, qui est plus ou moins similaire à Call of Duty mais là encore, je n’y joue pas souvent. »
Il aime ses jeux. Il aime aussi Facebook, pas Twitter. Il ne sait même pas ce que c’est. « Twitter ? Non, ça n’est pas pour moi. J’aime bien Facebook, mais il y a 1700 personnes qui disent être moi. C’est beaucoup de faux profils, mais il n’y a qu’une page officielle ‘Mario Balotelli’. Je la mets à jour une ou deux fois par semaine, c’est une bonne façon de rester en contact avec mes amis et ma famille. »
« Ils me manquent, mais je ne veux pas en parler. Sinon, je saute dans un avion et je vais les voir ! Je plaisante – j’ai quelques amis en Angleterre. Micah Richards est comme un frère et je le vois beaucoup. On est comme des jumeaux. »
Je dis à Mario que Micah est le plus beau des deux jumeaux. Il rit. « Les jumeaux sont identiques – comment ça se pourrait ? »
Il ajoute qu’il a beaucoup d’amis dans l’équipe qu’il voit en-dehors des entraînements. Il est clair qu’il est l’un des joueurs les plus populaires de l’équipe.
Avant que Mario arrive, Cristina m’a donné un conseil. Mario adore les animaux, et les chiens en particulier. Donc la discussion dévie des jeux vidéo et des amis... à son ami à quatre pattes qui lui manque depuis qu’il est en Angleterre.
« Qu’est-ce que tu peux me dire à propos de Lucky ? »
Il sourit : « Lucky ? Qui t’a parlé de ça ? Ouais, Lucky c’est mon chien. Mais il est resté en Italie. Ça prend six mois pour amener un chien en Angleterre, donc j’attends encore. J’espère l’avoir avec moi pour le début de la prochaine saison. »
Je lui demande où il a trouvé son chien, sachant d’avance qu’il l’avait eu dans une SPA.
« C’est un chien errant qui a été trouvé dans la rue. Ils l’ont mis dans un chenil. Je cherchais un chien, il était là. Il ressemble à un labrador noir. Je leur ai donné un peu d’argent et je l’ai appelé Lucky. »
Alors, peut-être que l’un des joueurs les plus chers de l’histoire de City a-t-il trouvé un peu de temps pour aller voir la Manchester Dogs Home à Harpurhey ?

« Ouais, j’y suis allé », répond-il. « Une fois seulement, mais je n’ai pas pu en adopter un. J’aime trop Lucky, ça ne serait pas juste s’il venait finalement me rejoindre. »
Je lui demande si quelqu’un l’avait reconnu lors de son voyage dans le Nord de Manchester. Et s’il y allait dans sa Maserati...
« Non, j’y suis allé en Jeep et je me suis garé dans la cour. Je ne suis pas allé en Angleterre depuis tellement de temps, je ne pense pas que qui que ce soit me connaissait à ce moment là. J’aime bien les chats aussi, mais pas autant que les chiens. Je les adore. »
J’ai dit à Mario que notre chien venait de Harpurhey.
« Son nom ? »
« Paddy. Il n’est plus des nôtres. »
« Mort ? C’était les chats ? C’est dommage. » On continue. Je lui demande si c’est vrai qu’il aime aller au Knowsley Safari Park à côté de Liverpool.
« Ouais, j’y suis allé. J’y suis allé en Jeep – Ce n’est pas une bonne idée d’aller en Maserati dans l’enclos d’un lion. »
« J’ai bien aimé, j’ai donné à manger aux lions de mer, j’ai vu les lions de près. En fait, le gardien du zoo m’a autorisé à aller dans l’eau, donc j’ai pu aller voir ce que les otaries pouvaient faire, quels exercices ils leur donnaient... J’ai eu de la chance, parce qu’ils m’ont fait un genre de tour privé, personnalisé. »
Mario me montre alors une série de photos prises avec son téléphone. Une lionne, une otarie et d’autres résidents. Il voulait aussi visiter le zoo de Chester.
Autre chose à propos de Mario : il a un quad, qui à ce moment-là prenait la poussière dans son appartement en centre-ville. Il n’y a pas beaucoup d’opportunités pour conduire un quad à Deansgate, donc... avait-il pu l’utiliser ?
« Une fois. Dans le parking de ma résidence. C’est tout. J’ai besoin d’être à la campagne pour le conduire vraiment, mais je ne sais pas quand et si je l’utiliserai à nouveau. »
Ça a pris du temps à Mario de s’installe à Manchester, mais ça devient bon.
« C’est différent, ici. Au début, l’Italie et ma famille me manquaient beaucoup. Plus que je ne l’aurais imaginé. J’ai eu le mal du pays, mais je suis mieux installé maintenant, et j’ai pris l’habitude d’être en Angleterre, de vivre à Manchester. Je suis là avant tout pour jouer au foot. J’ai une belle vue sur la ville et je vais bien. Je m’aventure plus en ville et j’apprends à connaître les différents endroits de la ville. Ça m’aide.
Parler de sa maison et de sa famille conduit Mario à parler de sa vie à l’école, où il a montré de belles dispositions à un jeune âge. Son père l’encourageait à jouer au football pour plusieurs équipes junior. Il excellait à ce niveau et on parlait à l’époque d’un éventuel transfert à Barcelone, mais le fait qu’il ne pouvait pas être italien avant ses 18 ans l’en a dissuadé. Au final, c’est l’Inter qui a mis la main dessus.

« Je suis allé dans une école de commerce qui se concentrait surtout sur le sport », se rappelle-t-il. « J’ai étudié les langues et l’économie. Un peu de tout, en fait. J’adorais nager, l’athlétisme, les arts martiaux et le basket. »
Je dis à Mario que son Angais est très bon. « Non, il n’est pas si bon que ça. À l’école, tout le monde ou presque parlait Anglais tout le temps et je me suis habitué à écouter. L’Anglais, l’Anglais, l’Anglais. J’imagine que ça m’est venu à cette époque. »
« J’ai joué au football la plupart du temps et ça m’a causé des problèmes avec mes parents. Je jouais au foot avec mon frère dans la maison. On cassait des bibelots, des trucs. Mais on voulait jouer. On vivait dans un appartement et on jouait dans la cage d’escalier. Coradi est plus vieux que mois et il pense qu’il est meilleur que moi – aucune chance. Mon autre frère n’aimait pas beaucoup le football à l’époque. Il aime ça, maintenant. »
Est-ce qu’il pense qu’il pourrait entraîner des jeunes à l’avenir ?
« Moi ? Non, jamais ! » Il rit. « J’aime les enfants et j’aime bien jouer au foot avec eux, mais je ne peux rien apprendre à qui que ce soit. Ce n’est pas moi. »
On change rapidement de conversation. Je lui demande le sens de ses différents tatouages. De base plutôt réfractaire à l’idée, Mario commence à expliquer ce que chacun représente, mais il se détend au fur et à mesure, révélant même que l’un de ses tatouages représente sa famille – quelque chose que sa sœur ne savait même pas.
Il montre son bras droit. « Celui-ci est le masque de la joie, sur mon autre bras c’est celui de la colère. Celui-ci est un lion, parce que j’ai le même état d’esprit qu’un lion. J’enai un autre, ici (il montre son bras gauche). C’est l’amitié et la famille – ces cinq personnages représentent ma mère, mon père, ma sœur et mes deux frères. »
Cristina a l’air surprise. « Il m’a juste demandé si j’aimais son nouveau tatouage – il ne m’a jamais dit ce qu’il représentait », dit-elle. Mais elle est clairement heureuse que son frère ait fait ça.
Mario explique aussi pourquoi un pistolet est dessiné autour des symboles de sa famille. « C’est un avertissement mafieux », sourit-il. « Ça veut dire que si quelqu’un touche ou blesse ma famille, il le paiera. »
Il a aussi un tatouage de la Champions League pour son succès avec l’Inter, avec ses initiales derrière chaque anse et une signature sur le haut de son bras. La mode, prendre soin de soi sont par ailleurs des pans de la personnalité de Mario. Des chaussures de couleur, une sélection de coupes de cheveux bien particulières...
« J’avais un coiffeur en Italie. C’est toujours mon coiffeur, mais je connais quelqu’un à Manchester, maintenant. C’est... » Il cherche « Tu te souviens où j’ai embouti ma voiture avec cette BMW la première fois ? Juste à côté de sa boutique. »
C’est Chester Road, si jamais vous vous demandiez. Pendant qu’on était dans les voitures, je lui demandais s’il avait eu plus de chances au volant après son accident, ajoutant que ça devait être moins risqué de conduire en Angleterre qu’en Italie, où les gens ont la réputation de conduire de façon plutôt... erratique. « Moins risqué qu’en Italie ? » Il proteste. « Non, vous, vous êtes cinglés. Pourquoi tout le monde conduit à droite, et ici, en Angleterre, vous voulez conduire à gauche ? Ça n’a aucun sens. »

Je lui fais remarquer qu’en Australie, en Nouvelle Zélande et en Afrique du Sud, on conduit aussi à gauche. « Oui. » Il est d’accord, mais... « Vous êtes quand même bizarres. Pas comme tout le monde. J’aime bien les Anglais. Vous êtes différents et vous aimez faire les choses différemment. J’aime bien ça. »
Les supporters de City, qu’en pensait-il ? Il avait récemment déclaré que leur support lui réchauffait le cœur, surtout après les trois buts qu’il avait marqué contre Aston Villa à Noël. Aime-t-il Seven Nations Army, des White Stripes, l’air sur lequel les supporters chantaient son nom ?
« Ils ont une chanson pour moi aussi ? Je ne l’ai jamais entendue, je me concentre sur mon jeu quand je joue. Je ne dis pas que je n’ai jamais entendu la foule, mais je n’ai pas encore entendu ça. J’écouterai mieux maintenant. À ce sujet, j’aimerais bien que les fans chantent plus à la maison, et plus fort. »
« Quand on joue à l’extérieur, les supporters sont bruyants et n’arrêtent pas de chanter, mais on a besoin de ça à domicile, aussi, parce que c’est ce que les joueurs aiment. J’aime beaucoup Blue Moon, mais j’aime bien que le stade soit très bruyant. Donc voilà mon conseil : montez le son, s’il vous plaît ! »
Finalement, alors qu’il semblait qur Mario n’aimait pas trop travailler avec José Mourinho à l’Inter, il avait de bonnes relations avec Roberto Mancini, son premier manager au club, qui lui a donné son premier poste en senior.
Mancini a déclaré que Mario devait faire mieux dans de récentes interviews, et parlait peut-être plus sévèrement à ses jeunes qu’aux autres joueurs. Est-ce une relation père/fils entre entraîneur et joueur ?
Mario sourit. « Peut-être un peu », déclare-t-il. « Il croit en moi et veut toujours que je donne le meilleur de moi-même. Il se met en colère quand il pense que je n’ai pas joué du mieux que je peux. Il a un caractère fort. Moi aussi, donc parfois on se dispute, on est un peu têtus. Mais ça n’est pas un problème, puisque c’est le meilleur manager que je puisse avoir. »
A-t-il déjà vu son entraîneur jouer ? « Oui, c’était un bon joueur. Mais je suis meilleur ! »
Sur ce, je pensais que j’avais passé assez de temps avec Mario. 45 minutes, en fait. Il me serre la main et me dit que c’était un plaisir, avant de sortir. Il s’attirera plus de gros titres négatifs dans le futur, sans aucun doute, et il ne les méritera sûrement pas.
Quand vous le verrez, rappelez-vous : ne croyez pas tout ce qu’on dit. Il y a de grandes chances pour que ce soit faux.
Que s’est-il passé ensuite ? Mario est resté à City jusqu’en janvier 2013. Il a joué 80 matches et inscrit 30 buts. Il s’est disputé une fois de trop avec Roberto Mancini et quand il a contesté une amende du club, il est resté à l’écart de l’équipe à un moment crucial de la saison. Il a ensuite rejoint le Milan AC, a joué pour Liverpool, Nice, Marseille et Brescia. À aucun moment, l’affection que lui portent les fans de City ne s’est éteinte – il est, en quelque sorte, l’un des nôtres. C’est un joueur qui représentait City à l’époque. Excitant, frustrant, brillant à quelques occasions, mais jamais ennuyeux. Mario a beaucoup voyagé pendant sa carrière, mais jamais il n’a été autant aimé et respecté qu’à City, où il est toujours accueilli comme un membre de la famille lors de ses visites.