Mais ne parlez pas de “tiki-taka”.
“Je hais toutes ces passes sans raison, tout ce tiki-taka”, a affirmé Guardiola, comme le rapporte Marti Perarnau dans les pages de son livre Pep Confidential. “Passer le ballon doit être fait avec une intention claire, avec pour objectif d’arriver aux buts adverses. Il ne s’agit pas de faire des passes juste pour la forme”.
Bien que le contrôle du ballon soit au cœur de la philosophie footballistique de Pep, il suffit de regarder quelques minutes le FC Barcelone ou le Bayern de Munich en action pour réaliser que cet étranglement par possession de balle n’est pas une domination stérile.
Ses équipes poussent vers l’avant, la position des joueurs est fluide, forçant la surcharge et semblant faire basculer le jeu de gauche à droite, débordant l’adversaire grâce à des passes précises et des trajectoires qui se recoupent sans cesse.
Du beau football, oui, mais ce n’est pas simplement une question d’esthétique.
Demandez à Guardiola, et il vous dira que la personnalité, la détermination et l’esprit combattif qu’il demande de ses joueurs sont aussi importants que les piliers tactiques de son jeu.
Un joueur doit être prêt à se sacrifier pour ses coéquipiers - il doit laisser son ego à l’écart, il ne peut pas y avoir de traitement spécial - l’agressivité et l’intensité sont à la base de l’élégance innée qui permet aux méthodes de Pep de fonctionner.
Et c’est là que ses qualités de leader entrent en jeu.
Son approche en termes de management n’est pas une approche standard mais individuelle, qui prend en compte chacune des différentes personnalités présentes dans un vestiaire.
Les proches de Pep le décrivent comme un homme qui place toute la pression sur ses propres épaules pour “convaincre” ses hommes de jouer, de se battre, de gagner.
Si un joueur est en-dessous de ses attentes vertigineuses, Pep en prend la responsabilité plutôt que de blâmer les autres.
“Je ne peux pas promettre des titres mais je suis convaincu que les supporters seront fiers de nous…”
Voilà les mots que Pep avait prononcés à l’occasion de sa toute première conférence de presse au FC Barcelone. Des mots auxquels il a fait écho en reprenant les rênes de City.
Il a eu beau ne pas promettre de trophées lorsqu’il a commencé en tant que manager pour le club qui l’avait vu conquérir toute l’Europe sur le terrain, ça ne l’a pas empêché de les gagner. Tous.
Pep a remporté La Liga trois fois au cours de ses quatre saisons au Camp Nou, et a soulevé deux fois le trophée en UEFA Champions League.
Les géants catalans ont également gagné la Supercopa de España à trois reprises, sans oublier deux Copa del Rey, l’UEFA Super Cup et la FIFA Club World Cup.
Imaginez : vous avez 41 ans et vous avez tout gagné en tant que joueur et manager au sein du club dont vous étiez fan lorsque vous étiez enfant. Et après ?
La réponse, comme souvent avec le nouveau boss de City, c’est de “continuer à apprendre”.
Que ce soit en s’inspirant de grands maîtres d’échec comme Garry Kasparov ou en prenant conseil auprès de chefs étoilés au guide Michelin comme son grand ami Ferran Adrià, sans oublier ses collègues, la curiosité de Pep pour le monde est insatiable, et il continue d’appliquer ce qu’il apprend à son travail, dans son bureau et sur le terrain.
Son appétit inextinguible pour l’apprentissage, combiné à son obsession pour le football et à son engagement à l’égard de son concept de jeu, l’ont mené à la Bundesliga pour relever un défi loin de son inertie catalane.
C’est également ce sens du défi qui l’a amené en Angleterre trois ans après son arrivée à l’Allianz Arena.
Pep allait-il y arriver sans Messi ? Sans Iniesta, Xavi et Busquets ? Sans sa langue maternelle ? Au sein d’une autre culture ? Dans un championnat différent ? Comment reprend-on un club trois fois vainqueur, au sommet de sa puissance ?
Un nouveau manager dans un nouveau pays avec un groupe de joueurs qu’il ne connait pas et qui a tout gagné.
Tout détruire et recommencer ? Non. Guardiola a signé un seul contrat à l’occasion des premiers transferts, renversant l’idée qu’un manager doit construire sur une position de force.
Pep a absorbé le meilleur du football du Bayern et a mélangé le tout avec ses propres idées tactiques afin de produire un des plus beaux footballs que l’Allemagne ait jamais vu.
Pas avec un FC Barcelone revisité, mais avec quelque chose de complètement différent - une équipe à son image dans ses éléments artistiques et de fantaisie, mais construite sur les fondations de l’organisation quintessentielle et la soif de gagner des Allemands.
Il a amélioré ses joueurs. Des vainqueurs de Champions League et de Coupe du Monde. Il leur a appris à évoluer à d’autres postes, leur a montré une autre manière de gagner, plus collective, et c’est pour ça qu’ils l’aiment.
Pour reprendre leurs termes :
Lahm : “Il nous a emmenés à un autre niveau.”
Lewandowski: “Obsessionnel ? Oui. Il couvre chaque angle de chaque minuscule détail et il demande toujours 100 %, tant à l’entraînement que pendant les matchs.”
Neuer : “Guardiola a fait progresser le Bayern à tous les niveaux. J’ai beaucoup appris de lui, en tant que joueur et en tant que personne.”
Ribéry : “Imaginer l’équipe sans lui est impossible.”
Robben : “Travailler avec lui est une superbe expérience parce qu’avec lui, c’est football 24h sur 24 et 7 jours sur 7. Il est constamment en train de réfléchir à ce qui peut améliorer l’équipe et les joueurs.”
Après s’être débarrassé de la menace posée par Borussia Dortmund, Pep a mené ses conquérants bavarois jusqu’au top 4 en UEFA Champions League à chacune de ses trois saisons, gagnant la Bundesliga trois fois et remportant le doublé Coupe/Championnat deux fois.
Il quitté l’Allemagne en laissant derrière lui un record ahurissant et inégalé : en sept ans en tant que manager, la moyenne de Guardiola est d’un trophée pour 20 matchs.
Et maintenant, la question qui a fascine les supporters depuis les premières rumeurs concernant la possible arrivée de Guardiola va enfin avoir une réponse.
Il a gagné en Espagne. Il a gagné en Allemagne. Pep va-t-il continuer de gagner en Angleterre ?
L’Espagnol arrive à Manchester pour satisfaire une envie qui le suit depuis son époque en tant que joueur : travailler en Premier League.
Réputé pour son jeu rapide et agressif, le monde de la Premier League retient son souffle, attendant de savoir si les idées cérébrales de Guardiola en termes de technique et de tactique vont prendre racine et s’épanouir dans ce nouvel environnement.
Manchester City a énormément changé depuis 2005, époque où Pep (alors en fin de carrière en tant que joueur) et le Club n’étaient pas parvenus à un accord après un essai de 15 jours à Manchester - (“définitivement la bonne décision”, admet-il lui-même à présent).
11 ans plus tard, son nom devenu synonyme d’innovation et de succès, Guardiola hérite d’une équipe qui a dépassé ses limites en Champions League en mai dernier mais qui a connu quelques difficultés en Premier League sur les deux saisons dernières après trois ans de domination.
Sa première priorité dans cette nouvelle ère de l’histoire du Club est de reprendre le titre - un objectif qu’il a rempli six fois sur ses sept années en tant que manager.
“Pour Pep, la victoire est une conséquence d’un bon football…”
Les mots de Thierry Henry, qui a joué sous la direction de Pep à Barcelone - mais comment Pep compte-t-il gagner en Angleterre ?
Sans parler de changements éventuels au sein de l’équipe, que va faire Pep du potentiel qui se trouve à City, dans un club qui semblait n’attendre que lui ? Quels vont être les réglages et les ajustements ? Comment le coach va-t-il incorporer ses idées aux tropes footballistiques de la Premier League ? Va-t-il repérer des jeunes joueurs en passe de faire une ascension fulgurante ?
Le déroulement des jours, semaines, mois et années à venir promet d’être l’une des intrigues les plus fascinantes dans le monde du sport.
Une nouvelle ère commence.